10-10
2012
Auteur : Jérôme Forget
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Chambres-hotes-hotels-david-et-goliath-guest-strategy-reussirsamaisondhotesSans chercher à polémiquer, je m’étais longtemps dit qu’il serait intéressant de rédiger un article éclaircissant certaines idées peut être préconçues portant sur l’éternel débat des chambres d’hôtes qui représenteraient un danger, une concurrence déloyale pour les hôtels. Non, les chambres d’hote ne sont pas représentées par « David » qui élimina le grand et fort « Goliath » qui ne représentent pas les hôtels. L’actualité de la rentrée avec successivement deux articles nous rappelant les dangers des chambres d’hôtes (La Croix dimanche 02 sept 12 et L’Echo Touristique 04 sept 12) m’a poussée à franchir le pas. Le sujet n’est pas évident à traiter sur un billet de quelques lignes, je m’apprête donc à vous livrer mon analyse basée sur des constats, sur notre expérience et sur quelques témoignages…

Après une petite recherche Google avec les mots clefs : « Chambres d’hotes hotels concurrence », nous constatons que le débat n’est pas récent, un article paru dans l’Hôtellerie-Restauration titrait déjà le 1er septembre 2005 : « L’UMIH s’attaque aux chambres d’hôte non déclarées ». Rappelons pour celles et ceux qui l’auraient oublié que la chambre d’hôtes n’est pourtant pas un phénomène récent ! Sur le site de Gites de France, nous trouvons l’information que la formule chambre d’hôtes chez l’habitant a été officialisée en 1969 soit il y a plus de 40 ans. Alors quel serait le ou les phénomènes qui expliqueraient la naissance du débat entre les hôteliers et les chambres d’hôtes depuis le milieu des années 2000 ? Selon moi, voici une liste des facteurs qui justifieraient ce débat :

  1. Sur-médiatisation : Ah les médias, on les aime et on les déteste à la fois ! Nous ne comptons plus le nombre d’émissions et autres reportages mettant en avant des porteurs de projet et des propriétaires ayant changé de vie pour trouver le bonheur et la fortune en ouvrant des chambres d’hôtes (Second degré !). Quasiment toutes les chaines du PAF s’y sont mises : Zone Interdite, Capital, les JT du 13h et plus récemment une émission a fait la une… A savoir Bienvenue chez Nous. Vous en avez sans doute entendu parler, cette émission de « télé-réalité » se base sur le concept d’un diner presque parfait. En une semaine, 4 couples de propriétaires de maisons d’hôtes venus des 4 coins de France se reçoivent à tour de rôle les uns chez les autres. Cette émission a semble-t-il rencontré un vif succès, un article sur le blog de Jean-Marc Morandini titrait : « TF1: A 17h35, « Bienvenue chez nous » a gagné 700.000 téléspectateurs en 5 semaines ». Une saison 2 est d’ores et déjà au programme… Cette surexposition médiatique des chambres d’hôtes sur des supports captant de très grandes audiences rappelle aux hôteliers que les chambres d’hôtes sont sur les feux de la rampe alors que ces reportages ne montrent pas la réalité et l’envers du décor…
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  2. Un type d’hébergement qui séduit de plus en plus les consommateurs : Difficile ici de vous donner des statistiques officielles car les taux d’occupation des chambres d’hôtes ne sont pas répertoriés mais il est évident que ce type d’hébergement plait et représente une parfaite alternative à l’hôtellerie classique. Le choix de séjourner en chambre d’hôtes est associé avec une recherche des 3 R : Rupture/Retrouvailles/Ressourcement tout en souhaitant et de plus en plus une expérience, de l’insolite. Contrairement à ce que nous pouvons penser, les clients de chambres d’hotes ne vont pas en chambres d’hote parce qu’ils s’attendent à payer moins cher qu’à l’hôtel mais réellement parce qu’il recherche quelque chose de différent, authentique et de charme. (Lire notre article : Chambres d’hôtes : la fin d’une image rurale)
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  3. Augmentation des chambres d’hôtes à la fois haut-de-gamme et de grande capacité : Contrairement à ce nous pouvons croire, les chambres d’hôtes ne représentent que 3% de l’hébergement marchand en France en 2011 selon le Ministère du Tourisme et selon notre confrère Accueillir Magazine, depuis 2004, le nombre de chambres d’hôtes se stabilise c’est-à-dire qu’il y aurait autant d’ouvertures que de fermetures de chambres d’hôtes chaque année. OUI, il a beaucoup d’ouvertures de chambres d’hôtes (1,000 par an selon notre confrère) mais il y a autant de fermetures et NON, la chambre d’hôtes ne fait pas le poids face à l’hôtellerie car elle ne représente que 3% des lits marchands tandis que l’hôtellerie est à plus de 21% selon les mêmes sources. L’avènement récent qui pose problème aux hôteliers est l’émergence des propriétaires de plus en plus jeunes, de plus en plus préparés et qui veulent lancer un produit haut de gamme avec un nombre de chambres souvent proche du maximum légal soit 5 chambres. Bien qu’elles restent majoritaires, les chambres d’hôtes de type rurales, familiales tenues par des retraités ont de plus en plus de mal à toucher une clientèle et sont clairement sur le reculoir tandis que les chambres d’hôtes de charme, haut de gamme ou insolites sont en augmentation. Nous osons ici employer le mot de chambres d’hôtes professionnelles versus chambres d’hôtes traditionnelles. A relire, notre article intitulé «Le développement des chambres d’hôtes depuis le lancement de notre blog il y a 2 ans ».
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  4. Des prestataires de services venant de l’hôtellerie (ELIS, Aficom, Booking.com, RESERV’IT, etc) qui s’ouvrent aux chambres d’hôtes : Ce phénomène est évidemment corrélé avec la montée des chambres d’hôtes dites « néo-professionnelles ». Il date selon notre expérience de moins de 2 ans mais s’accroit fortement depuis ces derniers mois. En effet, ces entreprises sentent que les chambres d’hôtes sont à un tournant et qu’elles représentent pour elles un axe de croissance. Ces prestataires proposant des offres adaptées à nos petites structures permettent ainsi aux propriétaires de chambres d’hôtes d’offrir une prestation d’une qualité de plus en plus irréprochable.
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  5. Un cadre réglementaire restant à première vue flou : La loi nous dit que depuis août 2007, les chambres d’hôtes ont l’obligation se déclarer à la mairie afin d’exercer. Autrement dit, avant 2007, il vous suffisait de créer un petit site Internet et d’afficher un panneau « B&B – chambres d’hôtes » sur votre façade pour commencer à recevoir vos clients sans aucune obligation ou encore contrôle. Cette loi fut un premier pas vers plus de clarté et de réglementation pour les chambres d’hôtes mais selon le Président de l’UMIH (Principal syndicat hôtelier) : « Rien qu’en Dordogne, 80%, des chambres d’hôtes ne sont pas déclarées ». Là est un gros problème, bien que rien ne puisse garantir l’exactitude de cette information, il est certain qu’une part non négligeable de chambres d’hôtes est dite sauvage surtout sur des territoires très touristiques tels que la Dordogne. Il faut absolument chercher à « chasser » ces propriétaires qui en plus de rejeter la loi font du tort à l’ensemble des acteurs de l’hébergement aussi bien les chambre d’hote que les hôtels. Autre point réglementaire très important est celui qui nous dit que les chambres d’hôtes exerçant cette activité de manière habituelle sont dites commerciales et requièrent une immatriculation en tant qu’entreprise auprès du CFE compétent. Etant en contact très régulier avec de nombreuses Chambres de Commerce et d’Industrie, je vous confirme que la part des chambres d’hôtes immatriculées en EURL, SARL ou encore entreprise individuelle augmente sensiblement… La différence qui ne passe pas auprès des hôteliers est le fait que les chambres d’hôtes ne soient pas des ERP (Etablissements Recevant du Public) étant limitées à accueillir un maximum de 15 personnes et qu’elles ne soient ainsi pas soumises à l’ensemble des normes incendies et accessibilités que les hôtels et autres résidences de tourisme font face. Depuis 2007, de nombreuses évolutions sont venues encadrées l’activité des chambres d’hôte telles que le texte de loi de financement de la sécurité sociale voté le 21 décembre 2010 obligeant les propriétaires de chambres d’hôtes générant un chiffre d’affaire de plus de 16,000€ soit une grande majorité d’entre eux selon notre enquête sur la rentabilité à s’assujettir des cotisations d’assurances maladie et vieillesse du régime social des indépendants (RSI).
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  6. Une hôtellerie de chaine en forme et une hôtellerie indépendante en souffrance : Il y a là une sérieuse différence à faire entre les hôtels appartenus ou gérés par des chaines hôtelières telles que la chaine Accor, Hilton ou encore Marriott et les hôtels indépendants. Tandis que les chaines hôtelières ont les moyens humains et financiers leur permettant d’afficher de très bons résultats financiers malgré un contexte économique tendue, Accor titrait en février 2012 lors de l’annonce de ses résultat annuels : « Accor : Une nouvelle dynamique de croissance et d’excellents résultats en 2011 », l’hôtellerie indépendante est en difficulté. Pour en parler, la référence en la matière peut être le Comité pour la Modernisation de l’Hôtellerie Française en tant qu’observatoire et structure de veille sur la situation de l’offre hôtelière française. Selon un rapport datant de 2008 intitulé : « Enquête économique sur la petite hôtellerie française », le constat était déjà très alarmant, je cite : « Des taux d’occupation faibles, une saisonnalité trop prononcée, des prix de chambres orientés vers le bas, une rentabilisation compliquée ainsi que des travaux de modernisation insuffisants en volume… Rien que çà ! Nous ne parlons même pas ici des nouvelles normes incendies et accessibilité ainsi que le nouveau classement hôtelier de 2012 ! OUI, l’hôtellerie indépendante est sérieusement en difficulté et c’est sans doute là la principale raison qui explique leur crainte envers les chambres d’hôtes.

Quelle conclusion tirer de cette synthèse… Les hôteliers dénoncent plus les chambres d’hôtes parce que leur propre situation est extrêmement tendue et peu évidente et moins parce que les chambres d’hôtes représentent un réel danger. Le fait de rejeter la faute sur autrui est toujours plus simple que d’assumer ses propres erreurs comme c’est également le cas pour certaines chambres d’hôtes qui voient d’un très mauvais œil le succès du Couchsurfing. Bien que les chambres d’hôtes se professionnalisent, elles restent majoritairement rurales et familiales. Leur capacité d’accueil restreinte, plafonnée à un maximum de 5 chambres pour 15 personnes ne leur permettent pas de générer des revenus suffisant pour entre autres pouvoir investir dans des mises aux normes telles que celles appliquées à l’hôtellerie. Depuis 2007, Les normes et les lois ont évolué pour encadrer davantage l’activité et bien que cela soit nécessaire pour avoir une offre plus homogène de qualité, il va falloir faire attention dans les prochaines années à ne pas aller trop loin sans contrepartie. Pour le moment, la chambre d’hôtes est la seule catégorie a ne pas être soumis à un classement officiel, il pourrait s’agir sans avoir quelconque boule de cristal à une prochaine évolution de taille à voir le jour dans les prochaines années. La chambre d’hôtes a dépassé le cap de la tendance pour clairement s’inscrire dans le paysage touristique français de manière durable en tant que catégorie d’hébergement à part entière qu’il faut considérer au contraire de la blâmer tout comme il faudrait aider les hôteliers indépendants à faire face à l’évolution du marché et à se restructurer car tout comme les chambres d’hôtes, leur présence est indispensable à l’économie française…

Jérôme Forget

17 commentaires

  1. Ping : Chambres d’hôtes et hôtels, pourquoi tant de haine… | Chambres d'hôtes et Hôtels indépendants | Scoop.it

  2. Brigitte - Dordogne

    Très bien résumée la situation! Merci!

    Et la conclusion va tout à fait dans le bon sens: accorder un classement officiel pour les chambres d’hôtes au même titre que pour les meublés de tourisme.

    Ce serait en même temps une reconnaissance officielle (du ministère) de ce type d’hébergement qui est très prisé par les étrangers!

    Quant à dire que 80% de chambres d’hôtes ne sont pas déclarées en Dordogne, je suis vraiment sceptique!

    1. Thomas

      Brigitte,

      Comment classer l’inclassable, l’émotion.
      N’est t’il pas mieux d’être bien accueilli dans une chambre d’hôtes modeste que mal accueilli dans une chambre d’hôtes luxueuse ?
      Nous ne vendons pas qu’un lit, un toit et une belle maison.

      Par ailleurs, il y a maintenant des outils sur le web pour noter les hébergements et distribuer des étoiles (tu les utilises d’ailleurs). Est-ce bien nécessaire d’appeler à encore plus de règlementation qui va limiter les uns ou les autres ?
      Les autorités anglaises ont fait ce constat et ont abandonné l’ »étoilage » obligatoire.

      Ce qui serait positif, c’est que les autorités, maintenant qu’elles ont mis en place un nouveau cadre légal et fiscal, lancent une vague de contrôles (ou de mises en gardes) pour fermer ou remettre dans les clous ceux qui abusent de la situation, faussent la concurrence et enflamment les hôteliers.

  3. Aurélie

    Merci Jérôme pour cet article sur la « guéguerre » entre chambres d’hôtes et hôtels, très bien documenté et plein de bon sens. En espérant qu’il donne à réfléchir aux hôteliers comme aux propriétaires de chambres d’hôtes.

  4. François

    Je suis d’accord. Revenons à la satisfaction du client qui bénéficie d’une multitude de propositions… c’est « son » rapport qualité/prix qui détermine son choix. Par rapport à ce rapport (!), beaucoup d’hôteliers sont mal placés avec des équipements obsolètes et avec une mentalité qui l’est tout autant. Les jérémiades ne sont pas de mises dans un cadre fixe qui est la loi et où c’est à chaque prestataire de se positionner sur le marché… Pour conclure, évoluons donc avec la demande !
    Quand aux statistiques, (d’accord avec Brigitte) : les chambres d’hôtes déclarées en mairie ne sont pas compilées; on ne connait pas le nombre de chambres d’hôtes en France ! (Ceci dit, à la louche, on l’estime à 70 000 …)

  5. jeromeforget.guest&strategy

    Bonjour,
    Je vous remercie pour l’ensemble de vos retours très dynamiques et positifs.
    Nous sommes tous d’accord pour affirmer que cette (comme le dit si bien Aurélie) « guéguerre » doit nous faire avancer aussi bien chambres d’hôtes qu’hôteliers et surtout doit faire prendre conscience aux autorités certaines évolutions du marché. Il faut clarifier les choses et remettre de l’ordre dans notre propre chaumière pour comme le dit Thomas tout d’abord faire en sorte de respecter le client et lui assurer que nous vendions une nuitée 30€ ou bien 300€, un véritable accueil « made in Chambres d’hôtes ». Cela passe peut être par un classement selon Brigitte et avant tout certainement par une modernisation réfléchie du cadre législatif et fiscal autour de notre activité de chambres d’hotes.
    Merci encore pour toutes vos précieuses réponses,
    Très belle journée à vous,
    Jérôme Forget
    http://www.guestetstrategy.com

  6. Ping : Chambres d’hôtes et hôtels, pourquoi tant de haine… « Reussir sa maison d’hôtes | Demeures de Terroir

  7. Eric Guittet

    Encore bravo pour ce billet qui a au moins le mérite de rappeler que ce débat de légitimité des chambres d’hôtes face à l’hôtellerie rurale essentiellement n’a pas lieu d’être.Etant dans une zone en plein développement touristique, nous sommes plusieurs propriétaires à répondre à une demande croissante vers ce type d’hébergement que ce soit pour des mariages de plus en plus fréquents, de voyageurs d’affaire (cherchant hébergement et restauration de qualité ) ou touristes francais et étrangers en quête d’accueil personnalisé.
    La chambre d’hôte que nous gérons sous forme de SARL correspond à cette demande et ce ne sont pas les hôtels qui accompagnerons leurs clients visiter les chais et caves des meilleurs viticulteurs de la région .
    Sur la professionnalisation des chambres d’hôtes , il est clair qu’elle est de plus en plus essentielle pour développer une activité lucrative et pérenne , mais nos hôtes ne sont pas des crétins et ceux qui nous recommandent ( châteaux , entreprises ou office de tourisme) recherche ce professionnalisme.
    L’approche de la relation personnalisée est l’essence même de la chambre d’hôte, avec un prix defini en fonction d’un classement et d’une qualité (d’hébergement et de restauration ).
    Nos hôtes laissent des commentaires visibles sur le web ( bonne ou mauvaise), recommandent à leurs amis ( ce que l’on appelle « bouche à oreille), ou la renommée locale comme pour tout autre activité touristique commerciale. Il n’y a donc pas de différence avec les hébergeurs présents sur le site mondial de recommandation.!!

    Nous avons été inspecté cet été ( deuxième année de fonctionnement ) par La DGCCRF sur la cohérence des prix indiqués sur notre site et affichés dans nos chambres, sur notre facturation.Nous n’étions pas les seuls sur la commune , mais je peux vous assurer que nous étions satisfaits de nous apercevoir que le contrôle avait pour but de vérifier que la chambre d’hôte n’est pas plus exemptée que ces congénères hôteliers.

    Pour finir, nous nous sommes concertés entre propriétaires de même qualité et niveau de prix identique pour satisfaire une clientèle étrangère ,les Ce , les voyageurs d’affaires ou les séjours oeno-touristiques ou tout simplement pour assurer pendant les périodes de fermeture de l’un d’entre nous.
    Travailler intelligemment en entrepreneurs professionnels nous permet de faire l’offre qui fait …..la demande.

    1. jeromeforget.guest&strategy

      Bonjour M. Guittet,
      Je vous remercie profondément pour avoir pris le temps de nous offrir un si remarquable commentaire et je pèse mes mots.
      En effet, mise à part vous remercier pour ce partage touchant nos lecteurs, je ne sais quoi ajouter mise à par vous transmettre un grand MERCI.
      Vous souhaitant une très belle continuation au http://www.domainedesdeuxcedres.com/,
      En vous remerciant à nouveau et en espérant que votre témoignage fera écho,
      Je vous souhaite une très belle journée,
      Jérôme Forget
      wwww.guestetstrategy.com

  8. Thomas d'Artink

    C’est vrai que cet article est bien documenté, ça a du te prendre du temps de le rédiger, on se rend pas compte le temps qu’il faut pour rédiger des articles qui tiennent le route …
    Mais bon, ce n’est pas là le propos
    C’est vrai que j’ai souvent entendu parler de cette guerre et je connais pas mal d’hôteliers qui ergotent à propos des chambres d’hôtes, mais, les pauvres, ils parlent sans savoir, qu’ils soient pardonnés.
    Il n’y a absolument pas de concurrence entre hôtels et chambres d’hôtes, ce n’est pas la même chose, le même produit, la même attente des consommateurs. Alors, oui, les chambres d’hôtes se professionnalisent peut être, utilisent les mêmes outils marketing, les mêmes canaux de distribution, ils resteront toujours des chambres d’hôtes. Combien faut il de chambres d’hôtes pour faire de l’ombre à un hôtel traditionnel d’une trentaine de chambre ? un bon paquet !
    Hôteliers, dormez tranquillement, les chambres d’hôtes jouent dans une autre cour (et c’est pas péjoratif). Dans ce cas les hôteliers devraient se plaindre des camping, des résidences, des gites, etc ….
    Lorsque j’étais hôtelier, j’étais serein et je travaillais avec les chambres d’hôtes (lorsque l’hôtel était complet, il fallait bien aider le client a se loger) et vis versa, tout se passait bien et tout le monde était content. C’est encore une fois une question de perception, de communication et d’humains….

  9. marie

    très bon article ! merci . deux remarques : il arrive souvent (en France) que les offices du tourisme ne connaissent pas les chambres d’hôtes de leur territoire. Ce qui est dommage. Cela montre en tous les cas un manque de contact et du curiosité de part et d’autre. Un rattage cet été à Arles (double réservation) nous a conduit dans un hôtel. Quel désastre : A prix égal , l’espace est moindre, l’accueil est froid,le petit déjeuner très médiocre (pain de la veille) etc… le but n’étant pas de mettre qui que ce soit au pilori mais de faire réflechir les hôteliers… Marie (adepte de la chambre d’hôtes) (Belgique)

  10. Marie KOPP

    Je reviens un peu tard sur votre article. Je cherchais des compléments d’information à un annonce entendue ce matin sur France Inter, l’Umih ayant assigné en justice 50 chambres d’hôtes, je suis tombée sur votre billet.

    Je gère depuis 15 ans une maison d’hôtes de 5 chambres, et dès le début je me suis inscrite au RCS. Aussi comme n’importe quel commerce je paye des cotisations calculées sur mon chiffre d’affaires, je dépose un bilan, ai payé la taxe professionnelle et paye aujourd’hui celle qui la remplace. Le très gros avantage que j’ai par rapport à mes voisins hôteliers est que personne ne vient vérifier si mon installation électrique est aux normes, si les détecteurs de fumée fonctionnent, si l’escalier est assez large et pas glissant, si la conservation des aliments que je sers à ma table d’hôtes répondent aux règles d’hygiène draconiennes imposées aux restaurateurs, si les extincteurs ont bien été contrôlés dans l’année, etc, etc, etc… Pourquoi je vous dis ça ? Parce que c’est ce à quoi sont soumis les hôtels. Le prix de ma nuitée petit-déjeuner compris est à 55 euros ; chambre tout confort, refaite à neuf dans l’année, télévision, accès-wifi, mise à disposition d’une cuisine et d’une pièce à vivre commune aux 5 chambres, local vélo fermé, service blanchisserie, grand jardin avec terrain de badminton, balançoires, parking fermé. Dites-moi combien coûterait cette prestation dans un hôtel ? Et la différence n’irait pas forcément enrichir l’hôtelier, mais lui permettrait de payer les surcoûts qu’il a pour pouvoir continuer à exercer.
    Il n’y a peut-être pas de guégerre entre nous et les hôteliers, mais lorsque je suis arrivée à Germigny-des-Prés, les hôtels du coin m’ont très mal accueillie. Je me suis présentée à chacun, je leur ai expliqué que oui j’étais en concurrence, mais que je jouais le jeu à la loyale. Depuis, nous travaillons en bonne entente, recommandant aux clients nos établissements respectifs.

    Oui il y a beaucoup de chambres d’hôtes non déclarées. Viennent s’ y ajouter les gîtes ruraux qui ont pris l’habitude de louer à la nuitée si nécessaire, sans compter les gites de séjour ou de groupe qui louent également à la nuitée, dans les conditions identiques à celles des hôteliers, et puis les appartements meublés, et puis la chambre du petit dernier que l’on loue pendant que le gamin est en voyage d’étude en Australie, et puis…. Et évidemment tous à des prix imbattables ! Tant mieux pour le client.. sauf que pour toutes ces prestations, le client n’a absolument aucune sécurité, ni sur l’utilisation sure des locaux, ni sur une assurance corporelle en cas d’accident, ni la possibilité de se défendre en cas d’escroquerie. Et le plus cynique dans l’affaire, c’est que la plus part des clients sont persuadés que tout ça est légal ! (sauf peut-être pour la chambre du petit dernier…).

    Alors aujourd’hui je suis dans cette situation paradoxale où mes premiers concurrents ne sont pas les hôteliers… mais mes propres collègues chambres d’hôtes délinquants (la fraude est un délit en France). Et voulez-vous la petite cerise qui va bien sur le gâteau : beaucoup sont labellisées Gîtes de France. J’ai a plusieurs reprises alerté mon relais départemental à Orléans sur cette aberration, le président m’a répondu « que cela ne faisait pas parti de leurs compétences » ! Donc on résume : aujourd’hui nous avons des chambres d’hôtes labellisées, inscrites en mairie, générant un chiffre d’affaires confortable et qui font ça au black au nez et à la barbe des hôteliers,voire des restaurateurs !

    Oui les hôteliers ne nous aiment pas mais franchement, je les comprends !

    1. jeromeforget.guest&strategy

      Mme Kopp,

      Je vous remercie énormément pour votre commentaire qui à lui seul mériterait un article sur notre blog. Vous avez de part votre expérience parfaitement résumé la situation dans laquelle notre milieu des chambres d’hôtes évolue et plonge depuis quelques années…

      Quoi dire de plus, tout est dit. Je soulignerais le point crucial qui selon moi rajoute de l’huile sur le feu auprès des hôteliers d’où l’action de l’UMIH de cette fin de semaine (voir article) : la multiplication des vendeurs de sommeil de tous types : chambres chez l’habitant, appartement à la nuitée, couchsurfing, etc bien souvent non professionnels voire non déclarées qui ne respectent aucun standard et qui explosent sur Internet (Le bon coin, Airbnb, etc).

      En vous remerciant à nouveau pour votre très intéressant apport et au plaisir d’échanger avec vous lors d’un prochain article,

      Jérôme Forget
      Rédacteur du blog : Réussir sa maison d’hôtes
      Guest & Strategy

    2. marchal

      merci pour votre commentaire ,je suis hotellier indépendant payant toutes mes charges et normes,on nous assasines.j’ai eu l’occasion d’appeler des propriétaires « gites de france » qui vous réponde qu’ils n’ont plus de chambres ou gites sous l’appelation mais qu’ils en ont d’autres identiques a prix trés interressant si on paye en éspèçes
      je voudrais seulement que les régles soient les memes pour tous et qu’il y ait un vrai controle

      1. Marie KOPP

        Ce qu’il faudrait savoir c’est : à qui profite le crime ? Car tout le mystère est là, les fraudeurs ne se cachent pas, je suis en mesure de donner les noms d’un grand nombre d’entre eux, alors si moi je le sais… Pourquoi laisse-t-on faire ? L’ambition de tout ça n’est-il pas dans un premier temps d’éradiquer les hôtels indépendants au profit des grandes chaines, qui seules aujourd’hui sont en mesure de respecter les innombrables règlementations. Sans tomber dans la théorie du complot les hôtels de centre ville disparaissent les uns après les autres (par exemple comment proposer une issue supplémentaire lorsqu’on est coincé entre deux maisons dans une ruelle d’un centre ville historique ? ) au profit des Kériad et autres Formule 1 qui ceinturent toutes les agglomérations de France. Et les petits hôtels dans les villages qui sont soumis aux mêmes règlementations ont droit au même sort (les coûts de mise aux normes sont souvent astronomiques); Et c’est là qu’arrivent toutes voiles dehors les chambres d’hôtes qui pallient au manque d’hébergements là où les grandes chaines ne veulent pas s’implanter car trop peu rentable. Nous avons connu ce cas il y a quelques années à Chateauneuf-sur-Loire : en l’espace de 3 ou 4 mois tous les hôtels ont été fermés pour cause de non conformité ! et on a appris qu’une étude était en cours pour l’implantation d’un hôtel de chaine ! Mais tout compte fait comme ce n’était pas rentable le projet n’a jamais vu le jour. Oui oui je sais, je suis paranoïac, tout ça n’était que pure coïncidence.
        Si les chambres d’hôtes ne comprennent pas qu’elles ont tout intérêt à soutenir les hôteliers indépendants, à jouer le jeu avec eux, il leur arrivera la même chose : elles disparaîtront à leur tour. Au profit de qui ? Je doute que le gagnant soit le client.

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